Disrupt Consulting — Cabinet comptable ITAA Bruxelles
Fiscalité

Investir via sa société ou à titre personnel ? Le guide 2026

Zakaria Benchaou26 juin 202611 min de lecture

Depuis 2026, la Belgique taxe les plus-values des particuliers. La question revient dans presque tous nos rendez-vous : faut-il investir via sa société ou à titre personnel ? La bonne réponse n'oppose pas 10 % et 25 % — elle compare le net qui reste réellement en poche, une fois tous les impôts payés. Voici la grille de décision que nous utilisons chez Disrupt Consulting.

La règle qui change tout en 2026 : la taxe sur les plus-values

La loi du 6 avril 2026 (publiée au Moniteur belge le 21 avril 2026, applicable rétroactivement depuis le 1er janvier 2026) introduit en Belgique une taxe sur les plus-values des actifs financiers. C'est elle qui rebat les cartes du choix entre investir via sa société ou à titre personnel.

Ce que paie le particulier

Un particulier paie une taxe de 10 % sur les plus-values qu'il réalise à titre privé sur des actifs financiers (actions, ETF, fonds, obligations, crypto-actifs, or, certaines assurances placement). Cette taxe s'applique au-delà d'un abattement annuel de 10 000 €, qui peut atteindre 15 000 € grâce au report des montants non utilisés les années précédentes.

Deux points méritent l'attention. D'abord, pour les titres détenus avant 2026, on part de leur valeur au 31 décembre 2025 (sauf si le prix d'achat initial, prouvé, est plus élevé). Ensuite, aucun frais n'est déductible : ni courtage, ni gestion, ni conseil, ni taxe boursière. La plus-value imposable est calculée sur des montants bruts.

Point clé : une moins-value est parfois imputable, mais à trois conditions strictes : même contribuable, même année civile, même catégorie d'actifs. Exemple : un ETF d'actions vendu avec 18 000 € de plus-value, combiné à une moins-value de 5 000 € sur des actions, donne 13 000 € de plus-value nette. Après l'abattement de 10 000 €, l'impôt n'est que de 300 € (3 000 € × 10 %).

Ce que paie la société

Les sociétés soumises à l'impôt des sociétés (ISoc) ne sont, elles, pas visées par la taxe de 10 %. Leurs plus-values sur placements sont imposées au taux ordinaire de l'ISoc : 25 %, ou 20 % sur les premiers 100 000 € de bénéfice si la société remplit les conditions du taux réduit (dont une rémunération suffisante du dirigeant). En contrepartie, la société peut déduire ses frais professionnels justifiés : gestion, conseil, frais bancaires, charges financières.

À ce stade, on serait tenté de conclure trop vite : 10 % pour le particulier contre 20 ou 25 % pour la société, l'affaire est entendue. C'est précisément le raisonnement à éviter.

Le piège : ne pas comparer 10 % et 25 %

Le bénéfice d'une société n'est pas directement disponible à des fins privées. Pour le récupérer dans votre patrimoine, il faut généralement le distribuer en dividende — soumis à un précompte mobilier de 30 %, sauf régime préférentiel. Le coût réel d'un investissement en société, c'est donc l'ISoc plus le coût de sortie des fonds.

Simulation : une plus-value de 40 000 €, deux véhicules

À titre personnel : plus-value de 40 000 €, moins l'abattement de 10 000 € = 30 000 € imposables. Taxe à 10 % = 3 000 €. Net conservé : 37 000 €.

Via la société, sortie en dividende ordinaire : plus-value de 40 000 €, moins l'ISoc à 25 % (10 000 €) = 30 000 € en société. Dividende soumis au précompte de 30 % (9 000 €). Net en poche : 21 000 €.

L'écart de 16 000 € paraît écraser le débat. Mais ce comparatif suppose que les 40 000 € de capital de départ étaient déjà disponibles à titre privé. Si l'argent dort dans la société, le sortir d'abord pour investir en perso a, lui aussi, un coût.

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La sortie des fonds peut aussi coûter bien moins que 30 %. Le régime VVPRbis ramène le précompte de 30 % à 18 % pour les dividendes de SRL éligibles, et la réserve de liquidation permet une sortie dont la charge globale reste souvent inférieure à 15 % après le délai d'attente. Selon le canal choisi, l'écart avec l'investissement privé se réduit fortement. Nous détaillons ces mécanismes dans notre article sur le VVPRbis et la sortie des dividendes.

Actions et ETF : l'investissement personnel garde l'avantage

Pour un dirigeant qui détient un simple portefeuille d'actions ou d'ETF, investir à titre personnel reste le plus souvent la voie la plus logique. Trois raisons à cela : le taux d'imposition à la réalisation est faible (10 %), l'abattement annuel de 10 000 € amortit l'impact pour un portefeuille de taille moyenne, et le capital est immédiatement disponible — pas besoin de le faire transiter par un dividende. L'administration est, en prime, plus simple.

Le contre-exemple existe : si l'argent est déjà dans la société et n'a pas vocation à servir à court terme à titre privé, il est rarement pertinent de le sortir (avec son coût) uniquement pour acheter les mêmes ETF en nom propre.

Fonds, sicav RDT et taxe Reynders : là où la société reprend la main

La taxe Reynders

La taxe Reynders frappe les fonds et ETF comportant une part importante d'instruments de dette (généralement plus de 10 %). Pour ces produits, la composante « intérêts » subit un précompte mobilier de 30 %, et la composante « plus-value » peut désormais tomber sous le coup de la nouvelle taxe de 10 %. Les fonds obligataires perdent donc une partie de leur attrait en détention privée.

Les sicav RDT et la rémunération du dirigeant

Les sicav RDT (revenus définitivement taxés) restent un instrument réservé aux sociétés, et toujours intéressant — mais moins qu'avant. Depuis l'exercice d'imposition 2026, une cotisation distincte de 5 % s'applique aux plus-values RDT-éligibles réalisées en cas de cession à un tiers. En pratique, cette cotisation se déclenche rarement, car la sortie d'une sicav RDT passe le plus souvent par un rachat de parts par le fonds, traité fiscalement comme un dividende.

Important : l'imputation du précompte mobilier de 30 % sur les dividendes de sicav RDT suppose qu'au moins un dirigeant perçoive une rémunération minimale — 45 000 € pour l'exercice d'imposition 2026, puis 50 000 € indexés. Ce seuil n'est pas un dogme : il s'arbitre avec l'ensemble de votre rémunération. Notre Optimisateur de Mix Salarial modélise précisément cet équilibre.

Élargir le cadre : immobilier, crypto, or, assurance

Le débat ne se limite pas aux portefeuilles de titres. Plusieurs autres classes d'actifs entrent dans la réflexion d'un dirigeant.

L'immobilier

Acheter un bien via la société ou en nom propre est l'un des arbitrages patrimoniaux les plus lourds de conséquences : amortissements, déduction des charges, avantage de toute nature en cas d'usage privé, et surtout fiscalité à la revente diffèrent radicalement selon le véhicule. Le sujet est trop dense pour être traité en quelques lignes : nous lui consacrerons un article dédié prochainement.

Crypto-actifs et or

Détenus à titre privé, les crypto-actifs et l'or d'investissement entrent dans le champ de la nouvelle taxe de 10 % sur les plus-values (avec le même abattement annuel). Détenus par une société, leurs plus-values relèvent de l'ISoc. La volatilité de ces actifs rend l'imputation des moins-values (même catégorie, même année) particulièrement utile à anticiper.

Assurances placement (branches 21, 23, 26, 44)

Les contrats d'assurance épargne et placement sont également visés par la réforme à titre privé. Les produits liés à l'épargne-pension, à la PLCI ou aux assurances de groupe (2e et 3e piliers) restent en revanche exonérés. C'est un terrain où l'analyse au cas par cas prime sur les généralités.

Comment trancher : la grille de décision Disrupt Consulting

Plutôt qu'une règle unique, nous raisonnons par questions. Cinq critères suffisent généralement à orienter la décision :

  • Où est l'argent ? Déjà dans la société, ou disponible à titre privé ? C'est le critère le plus décisif.
  • Quel besoin de liquidité ? Faut-il pouvoir disposer du capital rapidement, ou peut-il rester immobilisé plusieurs années ?
  • Quel niveau de frais ? Des frais de gestion et de conseil élevés plaident pour la société, qui peut les déduire.
  • Quel type d'actif ? Actions et ETF « purs » en perso ; instruments RDT et fonds à frais élevés plutôt en société.
  • Quel horizon ? Plus l'horizon est long, plus le coût de sortie de la société se dilue dans le temps.

La règle d'or : ne comparez jamais le taux de 10 % dû à titre personnel aux 20 ou 25 % de l'ISoc. Comparez uniquement le net qui subsiste après tous les impôts et tous les frais. C'est le seul chiffre qui compte. Pour les structures les plus patrimoniales, la holding ajoute encore un niveau d'arbitrage à intégrer.

Votre arbitrage placement, chiffré et personnalisé

Chaque situation est différente. Chez Disrupt Consulting, cabinet ITAA, nous modélisons le net réel de vos scénarios — perso versus société, canal de sortie des dividendes, condition de rémunération du dirigeant — dans le cadre de notre accompagnement Stratégique.

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En résumé : investir à titre personnel reste souvent plus avantageux pour un portefeuille d'actions ou d'ETF, grâce à la taxe sur les plus-values limitée à 10 %, à l'abattement annuel de 10 000 € et à la disponibilité immédiate du capital. Investir via la société garde son intérêt quand l'argent y est déjà, quand l'horizon est long, quand les frais sont élevés, ou pour exploiter les sicav RDT — sous réserve de la condition de rémunération du dirigeant (45 000 € puis 50 000 €). La règle décisive : ne jamais comparer le taux de 10 % au taux de l'ISoc, mais uniquement le net qui reste après tous les impôts et frais. Disrupt Consulting accompagne cet arbitrage via son pack Stratégique.

Questions fréquentes

Vaut-il mieux investir via sa société ou à titre personnel en 2026 ?
Cela dépend de l'origine de l'argent et du besoin de liquidité. Pour un portefeuille d'actions ou d'ETF avec de l'argent déjà disponible à titre privé, l'investissement personnel est souvent plus avantageux : la taxe sur les plus-values est limitée à 10 %, avec un abattement annuel de 10 000 € et une disponibilité immédiate du capital. Investir via la société reste pertinent si les liquidités y sont déjà, si l'on n'a pas besoin de les sortir rapidement, si les frais de gestion sont élevés, ou pour exploiter les sicav RDT. Le bon réflexe n'est pas de comparer 10 % et 25 %, mais le net final après tous les impôts et frais.
Les plus-values réalisées par une société sont-elles soumises à la taxe de 10 % ?
Non. La taxe sur les plus-values de 10 % (loi du 6 avril 2026) vise les personnes physiques et leur patrimoine privé, ainsi que certaines personnes morales comme les ASBL. Les sociétés soumises à l'impôt des sociétés ne sont pas concernées par cette taxe : leurs plus-values sur placements sont imposées au taux ordinaire de l'ISoc, soit 25 %, ou 20 % sur les premiers 100 000 € de bénéfice sous conditions.
Peut-on déduire les frais de courtage de la plus-value imposable à titre privé ?
Non. Pour la taxe sur les plus-values des particuliers, aucun frais ni aucune taxe ne sont déductibles de la plus-value imposable : ni les frais de courtage, ni les frais de gestion ou de conseil, ni la taxe sur les opérations de bourse. Le prix d'achat et le prix de vente sont pris en compte en montants bruts. À l'inverse, une société peut déduire ces frais professionnels de son résultat imposable.
Qu'est-ce que la condition de rémunération de 50 000 € pour les sicav RDT ?
Depuis l'exercice d'imposition 2026, une société ne peut imputer le précompte mobilier de 30 % retenu sur les dividendes de sicav RDT que si elle attribue une rémunération minimale à au moins un dirigeant personne physique : 45 000 € pour l'exercice d'imposition 2026, montant porté à 50 000 € indexés à partir de l'exercice suivant. À défaut, le précompte devient un coût définitif. Ce seuil n'est pas un dogme : il doit être arbitré au cas par cas avec le reste de la rémunération du dirigeant.
Comment sortir vers mon patrimoine privé l'argent investi dans ma société ?
Le bénéfice d'une société n'est pas directement disponible à titre privé. Pour le récupérer, il faut généralement le distribuer en dividende, soumis à un précompte mobilier de 30 %, sauf application d'un régime préférentiel comme le VVPRbis (précompte ramené à 18 %) ou la réserve de liquidation. Ce coût de sortie doit toujours être intégré à l'arbitrage : c'est lui qui explique pourquoi on ne peut pas comparer directement le taux de 10 % des particuliers à celui de l'impôt des sociétés.
Faut-il créer une société uniquement pour investir en Bourse ?
Rarement. Pour un simple portefeuille d'actions ou d'ETF financé par de l'argent déjà privé, la société ajoute des coûts (comptabilité, sortie des fonds, complexité) sans gain fiscal clair face à la taxe de 10 % des particuliers. La société d'investissement devient intéressante quand les liquidités y sont déjà piégées, quand l'horizon est long, ou quand on utilise des instruments réservés aux sociétés comme les sicav RDT. La décision mérite une analyse chiffrée individuelle avec un cabinet ITAA comme Disrupt Consulting.
Zakaria Benchaou — Expert-comptable fiscaliste ITAA

Zakaria Benchaou

Expert-comptable fiscaliste — Membre ITAA n° 52.344.937

Expert-comptable fiscaliste ITAA depuis 2017, diplômé de la Chambre belge des comptables en 2013. Spécialités : optimisation fiscale et création de sociétés.

Société ou perso : faites trancher les chiffres

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